Témoignages

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Morgane, 20 ans a écrit le 15 novembre 2013 à 20 h 02 min:
Salut les gens !
En apportant mon témoignage, j’espère vraiment amener un peu d’optimisme dans vos lamentations sur le triste constat sociétal : en 2013, nous vivons dans une culture épilatoire, et pour les femmes, nous devons souvent faire avec.
Toujours ? Non ! Les membres de groupes Facebook tels «Tous à poil et poil pour toutes» résistent encore et toujours à l’envahisseur, et la vie n’est pas facile pour les camps retranchés de Giletteum, Wilkinsum, Nairum et Veetum.
A l’instar des vaillants Gaulois que sont Astérix et Obélix, résistons nous aussi aux belligérants qui nous attaquent !
Pour cela, je vous confie ma petite histoire, qui pourrait en inspirer plus d’une.
Je suis une jeune femme de presque 21 ans ayant définitivement boycotté l’épilation. M’étant épilé aisselles, jambes et maillot (sous-entendu au sens originel du terme: ce qui dépasse du maillot) pendant environ 8 ans uniquement par pure convention sociale, je détestais m’épiler mais le faisais uniquement pour le résultat, car effectivement j’avais intériorisé la norme et m’étais trouvé de bonnes raisons pour y adhérer (les sacro-saintes "hygiène" et "esthétique"), faute de courage. Puis j’ai découvert le site de Pierre Griffet prônant le droit à la non-épilation en mars.

Je l’ai lu en entier, avec passion et émerveillement. J’y ai obtenu la preuve (en me renseignant également auprès d’autres personnes du métier de la santé) que le poil est hygiénique, et que pour le reste (mais ceci, je le savais plus ou moins) la rage dépilatoire n’avait jamais connu autant d’ampleur sinon dans notre société actuelle (sauf peut-être justement chez les musulmans et les Indiens d’Amérique). J’avais ainsi toutes les bonnes raisons du monde de m’arrêter de m’épiler, et tous les arguments en main pour parer à d’éventuelles attaques. J’ai pris une soirée pour en discuter avec mon fiancé, Indien, qui n’en a été nullement dérangé, précisant qu’en Inde peu de femmes s’épilent, et souvent, uniquement les bras, et que personne ne le faisait dans sa famille (j’ai d’ailleurs trouvé des photos de famille à la plage où l’on voit les jambes poilues de sa sœur, et justement, rien à voir avec les jambes masculines qui l’entourent!). Il s’est accordé sur le fait que c’était une perte de temps et d’argent, qu’à la place on pourrait faire tellement d’autres choses passionnantes, et que si les poils étaient toujours présents sur le corps humain (il a également étudié les sciences), il y avait une raison à cela (il m’a bien expliqué le rôle régulateur de la transpiration, d’où une très forte pilosité en Inde où le climat humide entraîne une transpiration plus abondante).
Tout heureuse, j’attendais ainsi le retour de l’hiver pour arrêter, car du point de vue de la pression sociale, c’était la période la plus favorable pour arrêter. Néanmoins, une séance d’épilation coûteuse, douloureuse et saignante (oui, j’ai saigné des aisselles…) précédant nos fiançailles m’a fait prendre conscience de la nécessité de mettre un terme au massacre le plus vite possible. Mon fiancé était si triste que je me sois torturée à ce point-là, et de voir mes jambes, aisselles et les contours de la culotte si rouges, alors qu’ils trouvaient mes poils en légère repousse "cute". J’ai donc définitivement arrêté depuis ce jour, et n’ai pas regretté mon choix, bien au contraire, d’autant plus que mon fiancé me préfère à présent ainsi.

Je n’y ai trouvé que des avantages, les mêmes que ceux qu’ont mentionné les femmes ayant mis fin à cette pratique : douceur et hydratation de la peau (plus besoin de lait et de crèmes), absence de douleur, gain de temps et d’argent, réduction extrême de la transpiration, en particulier dans les zones censées transpirer moins (dos), réduction des mauvaises odeurs sous les aisselles également, augmentation de la production de phéromones libérant des odeurs très sensuelles au cours des actes sexuels.
On arrive à l’évocation des potentiels inconvénients. Je m’attendais à subir maintes remarques désagréables et surtout déplacées, de la part de tout le monde, d’autant plus en été où les gens se découvrent. Mais à la rigueur, je pensais que ma confiance en moi, l’amour de mon fiancé et mes poils suffisent à clamer « F*ck the world » haut et fort. Eh bien… Mes craintes se sont vite vues balayées !!! Des craintes ? Quelles craintes ??? Je me rends au travail en robe sans manches et arrivant au genoux, je sors en boîte ou en soirée en robe et me fais draguer quand même (voire plus qu’avant), et pourtant, je n’ai subi qu’une seule remarque négative en 2 mois : celle d’une amie, justement fille, alors que la plupart des amis de sexe masculin (autrement dit, tous ceux qui sont au courant car ils m’ont vue au cours des deux derniers mois) me soutiennent même dans ma lutte pour le droit à la non-épilation, l’un d’entre eux ayant récemment qualifié mon combat d’"intelligent". En fait, cette amie femme me plaignait justement, alors qu’en fait, elle est complexée à mort et j’ai bien plus de succès avec les garçons qu’elle (bien que je ne le cherche pas) ! Encore une preuve que les gens qui se permettent de faire des remarques ont un problème, alors, raison de plus de ne pas vous freiner à cause d’eux !
En réalité, depuis que j’ai arrêté, j’ai vraiment pris conscience de l’illégitimité de la rage dépilatoire, de son aspect arbitraire, et surtout, de l’absurdité de son caractère normatif alors que chacun devrait pouvoir disposer de son propre corps tel qu’il le souhaite. Je me suis aperçue qu’en réalité, l’épilation ne tenait justement qu’à son caractère normatif, car une fois franchi l’obstacle de la pression sociale, on n’a vraiment plus aucune raison de revenir en arrière. Ce qui m’a particulièrement révoltée, c’est de constater concrètement que les médias et les sexistes soumettent les femmes à une norme corporelle pour des raisons toutes plus mensongères les unes que les autres. Cette tromperie implique un investissement financier significatif, une perte de temps qui pourrait être consacré à des activités plus épanouissantes et enrichissantes (lecture, sorties entre amis, voyages…), des conséquences désastreuses sur les plans dermatologique, physiologique, gynécologique (pour les femmes qui s’épilent intégralement ou qui ôtent les poils des lèvres) mais également hygiénique et esthétique (est-il plus beau d’avoir des poils en repousse bien drus plutôt que de longs poils, ou d’avoir des poils incarnés ou des marques rouges à la place?), mais aussi, et c’est le pire, un sentiment d’insatisfaction vis-à-vis de soi-même en cas de non-soumission à la norme, la peur du regard des autres, et les moqueries des sexistes ou des femmes ayant elles-mêmes intériorisé la norme au lieu de se montrer solidaires. Justement, une norme de beauté (c’est mon cas en ce qui concerne le maquillage par exemple _mais malheureusement pas celui de la majorité des femmes à ce sujet) devrait nous donner l’impression que l’on est plus belle lorsqu’on la pratique, pas faire sentir autrui horrible lorsqu’on ne la pratique pas. Et la pensée unique rejoint l’absence de pensée à ce sujet : personne ne s’épile "car c’est plus beau ainsi", les femmes s’épilent clairement car elles ne s’imaginent pas se montrer non-épilées. Seules les femmes étant capables de ne pas s’épiler peuvent affirmer qu’elles s’épilent par choix : car elles sont capables de ne pas s’épiler. Celles qui ont participé à Armpits4August et ne s’épilent plus que les jambes s’épilent par choix, car elles sont capables de ne pas s’épiler une autre partie du corps visible. Comme au lycée, lorsque je me suis orientée vers une section littéraire au lieu de scientifique contrairement aux ambitions de mes parents et de mes professeurs de sciences, j’ai fait un véritable choix : j’aurais pu opter pour une filière scientifique au vu de mes notes, mais mon esprit et mes préférences personnelles me dirigeaient naturellement vers la voie littéraire. Et en dépit de mon père (ma mère était moins radicale à ce sujet) et du jugement de valeur si négatif porté à la filière littéraire (bouchée, réservée aux fumistes, bonnes pour nuls en maths _alors que j’avais 16 de moyenne en maths en seconde et un intérêt pour la matière), j’ai fait le choix de passer un bac littéraire. Choix que je n’ai par la suite jamais regretté.
Ça fait cependant toujours frémir les femmes intolérantes à la non-épilation qui font des études que de dire que suivre l’épilation est un phénomène de masse et non un choix. Car justement, puisqu’elles font des études, elles se considèrent comme intelligentes (toujours l’amalgame dangereux études = intelligence) et se comparer à des moutons est juste impensable. Mais pourquoi ? Car personne n’a envie de se considérer comme un mouton, quelqu’un qui suit le groupe, même s’il le fait, car le terme « mouton » est péjoratif en soi. Or ces femmes font preuve d’incohérence : dans leurs discours lorsqu’elles se montrent intolérantes envers la non-épilation (sauf l’intégrale, en général), elles soulignent qu’elles s’épilent par choix, parce qu’elles se sentent mieux, que c’est plus hygiénique (un terme grandiloquent masquant un vide de connaissances et une absence de justification si on leur demande en quoi c’est plus hygiénique) et plus esthétique. Et d’un autre côté, elles envient les hommes de ne pas s’épiler et trouvent que c’est injuste. Comment peut-on trouver que c’est injuste que quelqu’un n’ait pas à faire quelque chose que l’on fait par choix ? L’incohérence se trouve précisément dans leur discours. Et même lorsque je m’épilais, je n’aurais jamais voulu me dire mouton, bien que j’aie eu tort de m’adonner à la pratique de l’épilation. Mais pourquoi ? Car personne ne veut se considérer comme quelque chose de reconnu universellement comme négatif. Les racistes commencent toujours leurs discours par le célèbre « Je ne suis pas raciste, mais… ». Idem, on ne dira jamais que l’on a été un mouton que quand on a arrêté de l’être.
Je pense, à votre instar, qu’est venu le temps de mettre fin à la supercherie. Il est temps que les femmes s’occupent de leur corps en connaissance de cause, et non par intériorisation de normes les soumettant au patriarcat. Vous allez sûrement trouver ce projet un peu fou, mais puisque j’ai toujours eu un penchant littéraire et engagé prononcé, j’aimerais rédiger un livre (ou essai) sur le sujet et tenter de le faire publier (si Wilkinson ou Nair ne tentent pas entre temps d’acheter mon silence!). Vos expériences sont toutes bienvenues.
Je compte également publier quelques photos sur le groupe Facebook F*ck shaving, dont une en robe de soirée pour prouver que l’on peut être radieuse, attirante et poilue (ce que je constate tous les jours puisque je dois compter les jours ou personne ne me drague!). En me voyant tous les jours, tout en contemplant les photos de F*ck shaving (bien que j’aie du mal à trouver belles les filles couvertes de tatouages et de piercings), je me rends compte à quel point une femme qui conserve sa pilosité naturelle (sauf dans le cas de l’hirsutisme, peut-être _mais c’est une pathologie et on a encore moins de raisons de se moquer de la personne) ressemble si peu à la "femme singe qui pue qui pète" que s’imaginent les gens qui n’ont justement jamais vue de femme non-épilée. Je vous conseille vivement d’aller y jeter un œil.
A ce sujet, je tiens à évoquer le fait qu’un de mes collègues de boulot justement pilophobe au possible qui avait tenu devant moi un discours patriarcal disant que les italiennes avaient une "pilosité de merde" sur les bras ("Scheissbehaarung" en allemand) a tenté de m’embrasser lorsqu’on dansait en boîte (alors que je portais une robe sans manches et s’arrêtant au genou) samedi dernier.
Du coté de mes amies, certaines ont envisagé d’arrêter, et ça les conforte dans leur choix en me voyant !
Alors, vous qui partagez mes convictions, ne faites surtout pas comme moi : n’attendez pas une séance d’épilation désastreuse pour arrêter !
Ah oui, et PS : si un mec est suffisamment borné pour ne pas vous accepter si vous choisissez de ne plus vous épiler, larguez-le tout de suite, il n’en vaut pas la peine ! Et je dis ça par expérience personnelle et d’autres amies : s’il n’est pas capable d’accepter vos poils, il se montrera aussi un connard dans plein de domaines (ex : racisme, exigence trop élevées _ou plutôt, trop nombreuses !_ envers le physique de sa femme, volonté d’avoir raison sur tous les sujets, impatience, tromperie lorsque vous serez enceintes, etc.). Et puis, comme je l’ai dit, il peut exister une énorme différence entre la théorie et la pratique : votre homme peut être repoussé à l’idée tout simplement car il ne sait pas à quoi peut ressembler une femme qui ne s’épile nulle part (cf le cliché de la femme-singe-qui-pue-qui-pète) , mais si vous lui demander d’essayer au moins de vous laisser ne pas vous épiler pendant 2 mois pour pouvoir juger en connaissance de cause (et s’il refuse, par pitié, LARGUEZ-LE, encore une preuve d’étroitesse d’esprit et de sexisme, vous valez mieux que ça !), je suis à 100 % sûre qu’il se rendra compte que finalement, vous n’en êtes pas moins belle dans votre naturalité, au contraire, ou que son amour ne s’arrête pas à des poils dans le cas où il vous préfèrerait toujours épilée. Dans le cas contraire, cela signifie tout simplement qu’il ne vous aime pas, donc justement, arborez vos poils : ils vous permettront dès le départ d’identifier les futurs-ex et donc d’éviter une perte de temps supplémentaire !
Ce que je dis vaut également et surtout pour les plans culs ou les amitiés améliorées, si vous ne souhaitez vous poser dans une relation sérieuse qu’avec votre « prince charmant ». Un mec qui vous demande l’intégrale, c’est clairement qu’il vous prend pour une actrice porno. Attention, je ne dis pas que tous les hommes qui aiment ça sont des connards, bien qu’il soit sûr que s’ils préfèrent ça à un joli entrejambe doté de sa fourrure, c’est uniquement car ils ont été brainwashés aux films porno avant de découvrir un vrai corps de femme. Je pense clairement (et mon expérience/ celles d’amies) prouve que si un mec va jusqu’à vous le demander, c’est que son intérêt passe clairement avant votre perception du traitement que vous voulez prodiguer à votre corps. Donc si vous lui dites clairement que vous n’en avez pas envie et exposez les raisons de votre réticence, soit il prendra conscience d’avoir fait une erreur et il s’excusera, soit il ne voudra pas en démordre et dans ce cas, soyez sûre qu’il ne vaudra pas la peine dans les autres domaines de la vie non plus ! Et si le fait de savoir qu’il vous préfèrerait autrement vous met mal à l’aise, c’est lui qui doit virer, pas les poils que vous souhaitez garder. Car si quelqu’un qui vous aime vraiment saura accepter vos poils, il est en revanche très désagréable de se voir infliger des règles contraignantes même pour un plan cul ou une histoire que vous souhaitez délibérément non sérieuse, car le sexe (soit l’unique chose que vous partagez) est fait pour décompresser et pas pour se prendre la tête !
Voilà, je crois que j’ai tout dit !
Ingrid, 40 ans a écrit le 15 juillet 2012 à 18 h 06 min:
Je m'appelle Ingrid et j'ai eu 40 ans tout pile cette année.
Ma première épilation, je l'ai faite vers 14 ans et demi, 15 ans... une de mes premières sorties, pour laquelle j'ai voulu mettre des bas. J'ai alors pensé que cela serait plus joli avec les jambes rasées, car on voyait mes poils à travers les bas. Je pense que j'ai été influencée par l'image de la femme véhiculée par les médias car ma mère s'épilait parfois mais n'était pas une acharnée de la chose et il lui arrivait très souvent de rester des mois sans le faire. En tout cas, elle ne m'a pas poussée à le faire mais n'y a pas non plus vu d'inconvénient quand je lui ai demandé pour le faire.
Ce fut la première fois mais ensuite, je n'ai plus jamais laissé repousser. Les aisselles et le maillot, je les ai rasées plus tard, vers 17 ans, je pense. Au début, j'élaguais la coupe maillot juste pour que ça ne dépasse pas du maillot en allant à la piscine.
C'en est resté là durant quelques années, jusqu'à 30 ans environ. Je me suis ensuite retrouvée célibataire. Et là, probablement poussée par l'image véhiculée par les médias, et aussi par envie et besoin de plaire, de retrouver un compagnon, je suis devenue complètement pilophobe. J'ai chassé le poil jusque dans ses moindres recoins, pratiquant l'intégrale pendant plusieurs années. Je pensais, sans vraiment trop y réfléchir, que ma séduction passait par là, et qu'il fallait «être nette et impeccable» pour plaire aux hommes.
A vrai dire, mon propre schéma corporel était à cette époque tellement déformé que je ne supportais pas de voir des poils sur mon corps.
Puis, il y a deux ans, j'ai rencontré de jeunes femmes militantes. Elles ne se rasaient pas. On en a parlé. Elles m'ont évoqué les raisons qui les motivaient. J'ai trouvé ça logique, et sain. Ça a été un déclic pour moi, comme une évidence. Au fait, je n'y avais jamais réfléchi. Je me pliais à ce diktat depuis des années sans même y réfléchir, sans remettre cette règle absurde en cause. Cela eut lieu lors d'une marche de plus de deux semaines, en pleine nature, lors de laquelle je n'ai évidemment pas eu l'occasion de me raser. Ça m'a permis de franchir le cap, de poser ma réflexion par rapport à mon rapport à mon corps au naturel. J'ai alors fait le choix de tenter l'expérience, de laisser mon corps à nouveau au naturel, et de tenter de le réapprivoiser de cette facon. Au début, ça n'a pas été évident. Cela faisait tellement longtemps que je n'avais plus vu mes jambes avec des poils. Ce fut surtout dur pour les jambes : c'est la partie de mon corps qu'il m'a fallu le plus de temps à réapprivoiser. Celle aussi qui est le plus exposée au jugement des autres. Encore maintenant, deux ans plus tard, alors que je parle ouvertement de mes poils et des raisons de mon choix, je me surprends encore à avoir le réflexe de les cacher.
L'arrêt de l'épilation fut pour moi une réelle redécouverte de mon corps: la douceur de la peau au naturel, le confort et le côté agréable et sensuel des sensations retrouvées. L 'odeur de mes phéromones aussi, qui sont souvent cachées quand on s'épile. Je trouve d'ailleurs que je transpire beaucoup moins depuis que je reste naturelle. Contrairement à une idée reçue, je reste également fraiche plus longtemps : ma transpiration sent moins fort et moins vite...Mais aussi, au niveau psychologique, cela m'a permis d'accepter mon corps, d'apprendre le lâcher prise, le fait de ne plus se harceler soi-même avec la honte de ne pas être épilée à la perfection. Je redécouvre ma liberté, la fierté d'être moi, juste moi au naturel, et de l'assumer tel quel (ça ne plait pas aux autres? tant pis pour eux, c'est moi, et j'aime ce que je suis : mes poils en font partie intégrante).
J'ai aussi enfin compris pourquoi, au niveau purement physiologique, durant toutes ces années, j'ai souffert d'infections intimes (cystites et vaginites à répétition, inexpliquées, durant des dizaines d'années: un vrai calvaire). Elles ont entièrement disparu depuis deux ans... Je n'ai fait le lien qu'il y a peu, en lisant un article expliquant le rôle protecteur du poil, qui protège l'organisme contre l'intrusion bactérienne indésirable. Disparus aussi les problèmes récurrents de dermatoses sous les bras, de peau de crocodile sur les jambes...
Enfin, j'ai retrouvé la fierté de mon corps, la fierté de ce qu'est être une femme, par delà les apparences mercantiles que veut nous imposer la société de consommation... un gain énorme de temps, et d'argent aussi. Plus besoin de crèmes, de rasoirs, de trucs et de machins antipoils. Plus besoin même d'y penser: ça libère l'esprit.
L'arrêt de l'épilation a été une révélation pour la réappropriation de ma féminité, une rencontre avec une part de moi que je ne connaissais pas : une découverte du féminin sacré qui existe en moi comme en chaque femme.
Je suis châtain moyen à foncé. Mes poils sont assez fins, et j'en ai assez peu. Mais ceux des jambes sont un plus foncés et se voient plus que ceux des aisselles.Probablement à cause du traitement intensif que je leur ai prodigué pendant quasiment 25 ans. Qu'il y en ait beaucoup ou peu, et qu'ils se voient trèsfort ou non n' a pas été et n'est pas un critère qui est intervenu dans ma décision de laisser mes poils tranquilles. Même si j'en ai relativement moins que certaines femmes, ils se voient tout de même bien. J'ai toutefois remarqué que ma pilosité diminue fortement au fil du temps: moins j'y touche et moins j'en ai.
Je parle souvent autour de moi de ma démarche. Et j'ai une amie qui a également cessé de se raser. Elle commence à en parler à son tour. Quelques unes de mes copines n'ont pas encore franchi le cap mais commencent à en parler et à se poser des questions à ce sujet. Je pense que les arguments leur parlent tout de même. Et puis il y a les "irréductibles" : mais bien entendu chacun fait ce qu'il veut: je n'ai rien contre l'épilation chez les autres. Je réclame juste le droit à pouvoir m'en dispenser pour moi et pour toutes les autres femmes qui le désirent.
Au début, je pensais sincèrement que ça serait un problème avec les hommes, au niveau de la séduction. Et puis, je me suis rendue compte qu'en fait, pas du tout. Les quelques partenaires qui ont traversé ma vie depuis ces deux années n'y ont en tous cas pas fait la moindre difficulté. Les hommes que je rencontre me savent féministes, ils le sont tous aussi : c'est la condition sine qua non de notre union en quelques sortes. J'explique la démarche, et ils s'y accommodent très bien. L'un m'a dit préférer sans poils parce qu'il n'a pas l'habitude, mais qu'il apprendrait à s'habituer. Un autre m'a dit qu'en fait, il s'en fichait éperdument.
J'en discute également souvent avec mes amis masculins. On échange à ce sujet. Et je me rends compte que tous les goûts sont dans la nature, et cela tombe bien, car elle propose la diversité. Je suis étonnée à quel point les hommes sont finalement beaucoup moins attachés à ces détails que ne se l'imaginent souvent les femmes. Et les hommes qui ont un problème avec les poils, et bien ils ne sont juste pas faits pour vivre un bout de chemin avec moi : voilà !
Flaviak, 23 ans a écrit le 15 juillet 2012 à 18 h 06 min:
Vers l’âge de 14 ans, j’ai eu envie de m’épiler. Pour moi, c’était pour faire comme les grandes, pour essayer quelque chose de nouveau. J’ai donc commencé (très motivée) à « m’attaquer » à mes jambes. Après 30 sec, je me suis arrêtée : c’était beaucoup moins cool que je ne le pensais. Je me suis dit : « Mais, qu’est-ce que tu fais là ?? ». Pour moi, cela n’avait plus de sens, c’était ridicule (il n'y avait aucune raison de faire ça) ! A partir de ce jour, je n’ai plus jamais touché à un épilateur… Au début, c’était facile à assumer, j’étais encore assez libre dans ma tête, je ne sentais pas la pression de la société. Mais, plus le temps a passé, plus je me sentais mal à l’aise. J’entendais des remarques d’autres filles qui disaient trouver tellement moche une fille avec des poils, avec l’âge, tout devenait plus compliqué (je me sentais en décalage) !
Alors un jour, j’ai pris la décision de ne plus mettre de top (c’était les poils sous les bras qui me posaient le plus de problèmes). Pendant un moment, cela a été une très bonne solution, mais la pression devenait de plus en plus forte. Alors, j’ai commencé à m’éclaircir les poils des jambes pour oser mettre des jupes. Des doutes ont commencé à m’envahir, j’en avais marre de devoir toujours faire gaffe à ne pas lever les bras à la piscine, de ne jamais pouvoir mettre de top. Alors, je me suis rasé 2-3x sous les bras pour pouvoir être comme les autres filles. Mais, à chaque fois, je trouvais ça trop bête, et c’était quelque chose de très désagréable. J’étais contente de « retrouver » mes poils après qu’ils aient repoussé !
Après, j’ai découvert le forum de MIEL et je me suis rendu compte que je n’étais pas la seule, ce qui m’a énormément aidé ! Et maintenant je continue comme je peux, mais je n’ai plus de doutes !!!
Nurja, 36 ans a écrit le 15 juillet 2012 à 18 h 06 min:
Je suis née en 1976. Je ne me souviens pas vraiment de ma première épilation, mais c'était très vraisemblablement parce que c'était "normal" autour de moi. Je n'étais déjà pas trop intégrée dans les groupes que je fréquentais, qu'est-ce que cela aurait été avec "du poil aux pattes". Mais, à vrai dire, je ne me suis pas posé la question. C'était juste normal de s'épiler quand on grandissait. J'ignore quand j'ai commencé (sans doute entre 15 et 20 ans. Avant?) et j'ai arrêté à passé 35 ans.
Un amant m'a "demandé" de m'épiler intégralement le pubis. Ce n'était pas le premier qui le demandait et dans ma tête, c'était clair que c'était NON: je ne suis ni actrice de porno, ni fillette pré-pubère. Cette fois, je me suis renseignée via le net (merci Y. qui m'a renseigné notamment le site sur lequel je témoigne aujourd'hui). Et je me suis rendu compte que ce n'était pas stupide de dire non. Je me suis rendu compte aussi que oui, c'était possible de faire autrement, d'assumer, malgré le regard des autres.
Quelque chose qui m'a bcp motivée, c'est B, petite puce née en 2006 et dont je m'occupe très régulièrement. j'avais envie qu'elle ait des modèles de femmes qui s'acceptent telles qu'elles sont. Des modèles, je ne peux pas, mais un modèle, je peux. Et puis, effectivement, j'avais des poils incarnés, ça me prenait du temps et de la douleur... Me rendre compte que ce n'est ni un geste de santé (que du contraire), ni un geste d'hygiène a été un choc pour moi. Effectivement, aujourd'hui, ma peau va mieux. Cela fait environ 6 mois que j'ai arrêté de m'épiler. Mes aisselles me plaisent. Mon pubis aussi. J'apprivoise mes jambes.
Je suis déjà allée danser quelques fois en "top" à fines bretelles. Pas eu de réaction (visible en tous cas).

Quelques amants (je suis polyamoureuse) m'ont vue dans le plus simple appareil. Plusieurs sont d'abord déroutés, surtout les 20-30 ans, il semble que dans cette tranche d'âge la norme soit l'épilation (quasi) intégrale. L'un d'eux m'a fait un chouette cadeau : "Au départ, je trouvais ça bizarre, mais maintenant, j'aime ton corps tel qu'il est, avec tous tes poils. même tes jambes." Il faut dire que ce sont les poils de ces dernières qui l'embêtaient le plus ("tu pourrais au moins raser tes jambes"...)
Je suis allée ce matin à la piscine avec B et ma petite soeur (de 4 ans ma cadette). J'avais averti cette dernière en lui demandant si c'était ok pour elle d'aller nager avec le yéti. Elle m'avait répondu : "de toutes façons, dans l'eau, ça ne se voit pas", oubliant qu'elle est blonde (et que non épilée, ses poils sont à peine visibles) et que je suis châtain sur le crâne et plutôt brune foncée ailleurs... Pour cette sortie, recherche toute une matinée d'un maillot me permettant de préserver mon intimité (dont les poils pubiens font partie, pour moi). Pas trouvé dans tous les magasins d'une grand rue commerçante de Bruxelles. J'ai vu sur le net que dans un magasin de sport, j'aurais pu trouver mon bonheur (j'irai prochainement).
Remarque de ma petite soeur "quand je ne suis pas épilée, ça ne se voit pas, mais c'est pas beau". Je lui ai répondu que mon pubis me plaît avec ses poils...

Bref, arrêt suite à une prise de conscience, un ras-le-bol de ces exigences de paraître. merci à A. qui a des aisselles naturelles, à C. qui laisse ses jambes tranquilles, à ma mère qui n'a pas toujours été épilée (elle n'a commencé que "tard")...
Merci aussi à ma mère qui n'a pas poussé de hauts cris quand je lui ai dit que j'avais décidé de cesser de m'épiler, elle avait l'air de trouver cela normal, naturel. Peut-être parce que je fais des choix différents de ceux de la société pour différentes choses...

Mes différents partenaires ont l'habitude que je fasse les choses pour moi et non "pour faire plaisir". Cela plaît à certains, à d'autres pas. Mais ce qui compte d'abord, c'est que cela me plaise. C'est le cas des aisselles et du pubis, cela viendra pour les jambes. Mais je sais que retourner à la piscine seule ou porter des jupes, ce ne sera pas tout à fait simple.
Je crains d'aller à l'école (j'enseigne) en montrant les poils de mes mollets et d'avoir une remarque me disant que c'est négligé. Je vais d'abord travailler sur ma confiance en moi avant de donner du grain à moudre.

Un changement en entraînant souvent un autre, je me suis renseignée sur les soutiens-gorges et ai décidé de m'en passer aussi (depuis 1 mois? 2 mois?). Bref, j'écoute plus mon corps, ses ressentis, mes envies...
Marie B., 22 ans a écrit le 15 mars 2011 à 19 h 06 min:
Je ne sais plus de quand date ma première épilation mais elle a été provoquée par la pression que je ressentais autour de moi, le besoin de faire comme les autres pour ne pas me sentir rejetée. Je rasais de temps en temps mes aisselles par peur du regard des autres. Ces rasages étaient faits lorsque mes aisselles étaient visibles (plage, piscine, été).
Depuis 2 ans environ, j'ai décidé de laisser mes poils tranquilles, j'ai eu envie de suivre la logique de mon corps, de mes sentiments, de mes opinions et non de la norme imposée.
Le site et le forum de MIEL m'ont beaucoup aidée pour affirmer mon opinion et me rassurer dans ma décision (échanger avec des personnes dans la même situation). Je n'ai jamais été focalisée sur l'aspect superficiel du corps. Ce choix me fait gagner du temps et m'épargne des moments inconfortables, en résumé, j'ai un peu plus le temps pour profiter de la vie !
Je me sens bien dans mon corps et mes poils mais je n'assume toujours pas de les montrer en public, il y a encore un blocage concernant le jugement des autres. J'espère un jour dépasser ce stade. En attendant, je me sens libérée d'un poids.